D’ici la fin de la semaine, j’aurai terminé la portion « études » de mon programme. Il ne me restera que le stage à faire. La semaine dernière, j’avais trois TP à remettre et un examen final à passer. Un examen qui me vaut des cauchemars depuis trois jours alors qu’il est derrière moi ! Juste pour vous dire l’état dans lequel je suis. Ça fait trois nuits que je fais des cauchemars à propos de ce @#$% ?& d’examen en production de vidéos numériques. J’en peux plus. Mon esprit est peut-être encore sain (quoique parfois, j’en doute), mais mon corps, lui, me signifie clairement qu’il est plus que temps que ça se termine. Comment je le sais ? La fibromyalgie, cette salope fidèle compagne, est de retour.

Broyer du noir

Comment expliquer la fibro à quelqu’un qui n’en souffre pas ? C’est très difficile. Comme la douleur est invisible, elle est difficile à faire accepter. Peu de gens peuvent réellement compatir. C’est comme si je me plaignais pour rien. Je me sens donc coupable aux yeux des autres (et aux miens) de ne pas en faire assez. De ne pas rigoler avec mon chum jusqu’à 1 h du matin ou de ne pas assez voir mes amies parce que ça me prend tout mon petit change pour faire mes journées à l’école et que je n’ai plus d’énergie après. De ne pas en faire assez à l’école parce qu’après huit mois dans un programme d’études intensif, à me taper deux heures et demie de transport en commun chaque jour, à faire des travaux tous les week-ends, à sacrifier mes heures de sommeil pour réussir, je n’ai qu’une envie : m’enfouir sous la couette et dormir les six prochains mois pour tenter d’endiguer la douleur.

Dealer avec la fibromyalgie, ça veut dire mourir à ce qu’on était. C’est essayer d’accepter que nos capacités ne seront plus jamais les mêmes. Dealer avec la fibromyalgie, c’est devoir minutieusement planifier ses activités de la journée et de la semaine, tout en sachant qu’on n’a pas de contrôle et que le niveau de douleur ou de fatigue peut tout modifier sans préavis. Dealer avec la fibromyalgie, ça veut aussi dire se ménager des pauses même si la tâche qu’on a entreprise n’est pas terminée (dur, dur, pour moi !) et accepter qu’on ne peut en faire que peu à la fois. C’est parfois se sentir « normale » un petit moment. Pousser ses limites. Les dépasser. Et espérer qu’un miracle s’est produit et que la fibro s’est tirée. Mais elle revient. Toujours. Et là, c’est le backlash.

Retrousser ses manches

La douleur se propage, intense. La fatigue s’en mêle. L’humeur est affectée. La vie perd de sa saveur. Dans ces périodes-là, je me sens incompétente, plate. Diminuée. Déprimée.

Puis je me dis que c’est correct. Que ça va se replacer. Je le sais. Mais parfois, ma foi en la vie vacille. Difficile de faire dans le positivisme dans ces moments-là. Je prends alors une journée de congé, même en plein rush de fin de session. J’écoute Scandal avec mon chum. Ou Kamelott. Je ris. J’essaie de ne pas focuser sur la douleur. Je retrousse mes manches et je replonge dans l’action. Parce que s’appesantir sur son sort, ça ne marche pas. Je le sais, j’ai déjà essayé.